A
chaque fois c’est le même scénario… Vous vous sentez prête à faire vos valises
et partir puis… vous renoncez ou vous revenez au bout de quelques jours.
Pourquoi vous n’arrivez pas à le quitter ? Comment savoir si c’est la
bonne décision et arriver à tourner la page ? Réponses.
Sommaire
A chaque fois, c’est le même scénario… Vous vous
sentez prête à franchir le pas, à tout lui expliquer, trouver les mots pour
justifier votre départ, à boucler vos valises et puis… vous renoncez. Notre
expert France Brécard, psychopraticienne et formatrice en analyse
transactionnelle, auteur de Se libérer des relations toxiques aux éditions
Eyrolles nous explique pourquoi c’est si difficile pour certains de renoncer à
leur relation de couple.
Le souvenir inconscient d’une séparation
Vous pensez savoir parfaitement pourquoi vous ne
parvenez pas à quitter l’autre mais bien souvent au-delà des explications
rationnelles (je n’ai pas d’argent, c’est trop dur, je suis lâche) se
jouent des raisons plus inconscientes liées à votre propre histoire, à votre
enfance, aux messages que vous avez reçu de vos parents à cette époque.
"Lorsque
vous voulez quitter l’autre sans y parvenir c’est souvent parce que vous
cherchez à vous épargner une souffrance, un traumatisme ou
quelque chose de transgénérationnel”,
explique notre expert. Par exemple si vous avez vécu une séparation douloureuse
durant votre enfance ( divorce des parents,
d’un membre de la famille ou immigration des parents), vous avez peut-être
inconsciemment décidé de ne plus jamais revivre ce type d’évènements.
"Vous
avez beau savoir que vous seriez mieux séparé(e) de votre conjoint, il y a dans
votre inconscient des forces que vous ne maitrisez pas toujours et qui vous
poussent à rester. C’est la même chose pour un emploi que l’on a du mal à
quitter alors qu’on sait pertinemment qu’il ne nous correspond
pas. Certaines souffrances ont été telles que “quitter” devient impossible. Ces
décisions ont été prises souvent très jeune et nous n’en avons plus conscience
une fois devenu adulte".
La peur de faire mal à l’autre
La culpabilité peut en
effet freiner votre décision de rupture. Vous n’arrivez pas à quitter l’autre
de peur de lui faire mal. "Vous
avez l’impression que vous allez pouvoir supporter cette séparation mais pas
l’autre, précise France Brécard. Notamment si vous vivez avec une personne fragile,
dépressive ou qui menace de se suicider. C’est très
difficile de quitter quelqu’un qui va mal. La culpabilité peut aussi se
renforcer lorsqu’il y a des enfants en jeu. Provoquer la rupture, c’est alors
aussi affronter la douleur des enfants qui vivent la séparation également à
leur manière. Certaines personnes ne peuvent tout simplement pas affronter leur
culpabilité, elles préfèrent rester à souffrir que de se vivre en ”mauvaises
âmes”".
La peur d’être seul(e)
A l’idée de fermer votre porte le soir seule dans
votre nouvel appartement, de vous assumer sans l’aide de personne, de perdre
une partie de vos amis, de quitter votre maison actuelle et vos habitudes, vous
ressentez peut-être un vide sous vos pieds, un immense vertige.
"Cette
peur est bien réelle et légitime, il s’agit d’une prise de conscience de
la solitude, affirme notre spécialiste. La peur de vous retrouver seule vous paralyse mais il
ne s’agit parfois que d’un fantasme. Une fois la décision prise, la réalité est
souvent plus facile à affronter que ce l’on avait imaginé. Certes, c’est
toujours difficile de quitter l’autre quoi que vous fassiez ou imaginiez pour
vous rendre le moment moins douloureux. Ne pas arriver à quitter l’autre n’est
pas une faiblesse mais plutôt une difficulté à surmonter la séparation. Pour
sortir de cette difficulté, il est important de préparer la séparation, trouver
des amis sur qui on peut compter, des projets qui nous portent, de nouvelles
activités".
La crainte de sortir du cocon
Une
séparation entre adultes pourrait être comparée à celle que connaît le petit
enfant qui voudrait rester à tout prix dans le cocon maternel mais qui doit
aller à l’école. Il doit renoncer à ce cocon et se lancer dans le grand bain de
la vie pour partir à la rencontre des autres (instituteur, camarades de
classe). Lorsqu’il y arrive (lorsqu’il ne pleure plus en allant à l’école),
c’est la preuve qu’il est capable de grandir et d’être autonome. Une fois ce
travail de séparation réalisé les enfants sont généralement fiers d’eux-mêmes
et d’avoir pu s’ouvrir aux autres.
"La
séparation se passe au mieux quand l’enfant a une sécurité affective et qu’il
sait qu’il va retrouver maman quoiqu’il arrive, explique France Brécard. En revanche, s’il vit un mode d’attachement “insecure”,
il peut avoir du mal à se séparer et vouloir rester "collé" à sa mère
ou aux figures d’attachement. Lorsque l’on a ce mode d’attachement et que l’on
vit avec la peur de l’abandon, la
séparation devient très difficile. Y compris adulte. Cela ne veut pas dire que
l’on devient adulte lorsqu’on quitte son mari !", tempère notre spécialiste, "mais il se rejoue quelque chose de cet ordre, en relation
avec cette première séparation avec la mère. C’est ce qui nous empêche d’agir
ensuite une fois adulte quand on est tiraillé entre l’envie de rester et
l’envie de partir".
Une manière de garder le contrôle
A
menacer l’autre de vouloir le quitter à tout bout de champ, et de ne jamais
passer à l’acte, c’est aussi une manière de garder le contrôle sur sa vie, les
autres et les choses ! "Cette
affirmation qui torture, mais ne se concrétise jamais finalement, c’est comme
un fantasme qui permet de se dire ‘Si cela va mal je m’en irai’", interprète France Brécard. C’est comme une porte de
sortie qu’on garderait en quelque sorte. Ce mode de fonctionnement permet au
bout du compte de ne jamais s’investir totalement dans le couple.
"Il
peut y avoir beaucoup de croyances sur le couple, explique-t-elle, comme par exemple que le couple est forcément voué à
l’échec. Cette menace de rupture qui plane sur le couple est aussi liée au mode
d’attachement. Il peut être ambivalent. C’est à dire, “Je t’aime” et “Je ne t’aime
pas” en même temps ou “J’ai besoin de toi” et “je n’ai pas besoin de toi”. Cela
se joue très petit, dans le mode d’attachement avec la mère. Si on a une mère
elle-même avec ce genre d’attitude vis à vis de l’attachement, l’enfant pour se
protéger de la douleur du manque va être aussi ambivalent, il va savoir qu’il
ne faut pas trop s’approcher parce que l’on risque d’être rejeté par exemple.
Il va ensuite en grandissant projeter cela sur tous ces modes d’attachement.
Garder l’idée qu’on peut s’en aller à tout moment si on le souhaite, c’est
garder l’ambivalence de l’attachement. Il y a une peur de la rupture en réalité
et un fantasme que cela irait mieux en partant. Mais si par hasard, un jour,
c’est l’autre qui s’en va, ces gens–là sont plutôt effondrés".
Il
est possible de travailler ce mode d’attachement avec l’aide d’un thérapeute pour ne
plus rejouer les mêmes choses et donner une chance à son couple.
Les bonnes questions à se poser avant de décider
Passer
à l’acte ou renoncer ? Telle est la question. Avant de jeter l’éponge sur
votre union ou de la continuer, il serait peut-être bon d’aller faire le point
chez un thérapeute conjugal. Il
peut en effet vous aider à vous poser les bonnes questions. Quelles sont vos
attentes, qu’est-ce que vous avez en commun, qu’est-ce qui vous plait chez
l’autre, qu’est-ce qui vous a plu chez l’autre au début et qui n’est plus
là ? Est-ce que c’est définitif ou est-ce que cela peut se retrouver et
surtout quelles sont vos valeurs communes ?
Il
vous aidera à mettre à plat les bonnes et les mauvaises raisons de se
séparer. "Les mauvaises raisons, précise notre spécialiste, c’est lorsqu’on se sépare parce que l’on est juste
frustré et déçu par l’autre sans avoir parlé de ce que l’on pouvait encore
faire ensemble. Les bonnes raisons, c’est lorsqu’on s’aperçoit qu’on a
beaucoup essayé de s’entendre et que l’on n’arrive pas à trouver une façon de
vivre ensemble qui respecte les individualités de l’un et de l’autre. Et bien
sûr, il est urgent de se séparer lorsque l’on vit avec quelqu’un de toxique,
négatif et/ou maltraitant".
Ecrit par:
Sandrine Catalan-Massé
Journaliste